« I essentially focus on urban areas and have a predilection for cities » Laurent Ajina explains.
Driven by a desire to envision places to live, Ajina began studying architecture. It was during his studies that he decided to become a painter to elaborate architectonic figures on the canvas. His drawings and paintings represent lattices, creases and folds, intertwined lines alluding to layouts of landscapes, enigmatic cartographies that seem to form one sole and unique series.
The works can be elaborated on paper or canvas, but the artist’s preferred medium remains the wall. It is not about completing a monumental task following the tradition of muralists, or about taking over a street like a tagger, nor is it about drawing the layout of a structure as in ordinary architectural drawings. It is about creating environments and pictorially representing the structured space. Laurent Ajina never uses exterior walls, but rather interior monochrome surfaces with all of their angles and components, skirting boards, radiators, windows and doors. The artist does not view these elements as inherent obstacles, but rather as tools that elicit a specific response. “I want to the line to show what might be within the walls; the cables, tubes, everything that cannot be seen.” In order to create the optical vibration illustrated by the movement, he uses acrylic paint and quick strokes with a large brush to paint the rough lines, and elaborates the central structure with an oil marker to keep the lines from dissolving under the layers. His work is first and foremost an idea, a line that reaches out to create labyrinths that burrow forth in one colour that become light. The progressive work of layer after layer elaborates a space of encounters and tension between drawing and color. There is no sketch to preface his work on the canvas. Ajina prefers working with a marker because its trace is indelible and leaves no room for error. A marker frees him of the need to lift his hand to dip a brush in paint, allowing him to trace a line several meters long in one movement. Some lines are thicker than others, more insistent than others, and at times appear like stains or shadows, but they are all similar in one aspect – they are void of matter and emotion.
“My paintings are always works of fiction completed without any initial sketch of the final work. I take a lot of walks; my archives consist of the memories of these many walks. I trace a lines, then I paint over them, then I trace again, and repeat the process over and over. I think back to my arrival in Los Angeles a lot, the image of a megalopolis like a giant spider web elaborated in modules,” Ajina explained.
There is something organic about Ajina’s work, an infinite cellular reproduction that drives him to create wall drawings as we have seen, but also murals composed of various sized frames that expose his ruptured compositions. Modules are unveiled on painted canvases that are folded up forming voluminous structures, sorts of numbered bricks that become suspended protoarchitecture . Laurent Ajina constructs an obsessional painting out of basic materials void of affectation and pathos; a work that allows the artist to occupy the surrounding space by endlessly recreating it.
Alain Berland, art critic, curator of contemporary art, contributor to the magazine “Mouvements” and member of the editorial board of the newspaper “Particules,” member of AICA, artistic advisor to the Le Havre Biennale, programmer for the visual arts at the Collège des Bernadins, he is in charge of cultural programming at the Beaux-Arts de Paris.
English Version (Translation)
« Mes préoccupations sont essentiellement urbaines et la ville est mon terrain de prédilection » déclare Laurent Ajina.
Après avoir entrepris des études d’architectures liées au désir d’imaginer des endroits à vivre, il a décidé de devenir peintre, de déployer des figures architectoniques sur la toile. Ses dessins et peintures représentent des lacis, des plis et des déplis, des trais entrelacés suggérant des schèmes de monde, des cartographies énigmatiques qui donnent le sentiment de former une seule et unique série.
Les supports utilisés peuvent indifféremment être le papier ou la toile mais l’artiste admet cependant un terrain de prédilection : le mur. Il ne s’agit pas d’affirmer une monumentalité dans la tradition des muralistes, de s’approprier la rue comme les tagueurs, ou bien de mettre en schémas ce qui fait l’ordinaire du dessin d’architecture, mais plutôt de créer des environnements et surtout de traiter picturalement l’espace architecturé. Laurent Ajina n’utilise jamais de murs extérieurs mais des surfaces intérieures monochromes avec tout ce qu’elles comportent, plinthes, radiateurs, angles, fenêtres ou portes. Pour l’artiste, ces utilitaires ne sont pas des contraintes inhérentes au projet mais des outils qui entraînent des réponses précises. « Je souhaite montrer avec le trait, ce qu’il peut y avoir dans ces murs, les câbles, les tubes, tout ce que l’on ne peut pas voir ». Afin de créer une vibration optique qui suggère le mouvement, il pose la peinture acrylique d’une façon grossière, à touches rapides, avec un large pinceau tandis que la forme centrale est produite par un marqueur à l’huile pour éviter que la fine matière se dissolve sous les couches. Sa peinture est avant tout une idée, un trait qui se déploie pour former des labyrinthes qu’il enfouit sous une couleur unique qui devient lumière et ce travail de couches et de sous-couches organise un espace de rencontres et de tensions entre le dessin et la couleur. Il n’y a pas d’esquisse sur la toile. Le marqueur qui est l’instrument préféré de l’artiste inscrit le trait sans possibilité de repentir. Il lui évite de lever la main pour plonger le pinceau dans la peinture et il lui permet d’inscrire un tracé de plusieurs mètres de long en une seule fois. Certaines lignes sont plus épaisses que d’autres, plus appuyées et ont parfois l’aspect de taches ou d’ombres mais elles restent sans matière et sans émotion.
« Mes peintures sont toujours des fictions et il n’y a pas de dessins préparatoires. Je me ballade énormément, ma documentation est faite des souvenirs de mes promenades. Je dessine puis je peins par-dessus le trait, puis je dessine à nouveau et ainsi de suite. J’ai souvent en tète le souvenir de mon arrivée en avion à Los Angeles, une mégalopole qui donne l’idée d’une toile d’araignée qui se développe à l’aide de modules» confie Ajina.
Il y a en effet quelque chose d’organique dans l’œuvre, une reproduction cellulaire infinie qui le conduit à réaliser des walls drawing comme on l’a déjà vu mais aussi des muraux composés de différents formats de châssis qui organisent des compositions éclatées. Modules que l’on retrouve dans des toiles pliées préalablement dessinées qui forment des constructions en volumes, des sortes de briques numérotées qui deviennent des protoarchitectures en tension. Laurent Ajina crée ainsi une peinture obsessionnelle faite de matériaux simples sans affectation, ni pathos. Une œuvre qui permet à l’artiste de s’accaparer l’espace environnant pour le reconstruire à l’infini.
Alain Berland, critique d'art, commissaire pour l'art contemporain, collaborateur de la revue "Mouvements" et membre du comité de rédaction du journal "Particules", membre de l'AICA, conseiller artistique de la Biennale du Havre, programmateur pour les arts visuels au Collège des Bernadins, il est en charge de la programmation culturelle aux Beaux-Arts de Paris.
French Version (Original)